24 avril 2012

François Hollande - Discours de Lorient du 23 avril 2012 -

Éditorial de lucienne magalie pons

Discours de François Hollande à Lorient le 23 avril 2012

Mesdames, Messieurs, chers amis, au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, je ne me suis pas posé de question : je savais que je devais venir en Bretagne. J’avais tant de raisons d’être parmi vous ce lundi ! La première, c’est le résultat que m’a donné la Bretagne. Et si je suis sorti en tête du scrutin du premier tour, c’est bien parce que les Bretons l’ont décidé ainsi. Et donc, je voulais vous exprimer ma gratitude. Vous allez me dire, il y a d’autres régions qui l’ont fait. Je les visiterai. Et j’irai même voir les régions qui ne m’ont pas donné encore le plein de leur suffrage. (Huées !) Mais ne les accusez pas, j’aurais besoin de tout le monde – enfin, de toute la France.

Mais je voulais être ici à Lorient, parce que je suis venu tant d’années à Lorient pour préparer le socialisme du XXIe siècle. J’ai bien fait de m’entraîner, j’y suis ! Avec Jean-Yves, avec Norbert, chaque fois j’ai fait en sorte de rassembler la Gauche bretonne – oh, ce n’était pas la plus turbulente. Et j’ai aussi une dette à l’égard de la Bretagne : c’est à Brest que j’avais été élu premier Secrétaire du Parti socialiste. C’était en 1997. Cela paraît très loin. Mais dans une vie politique, tout à un sens. Ce sont les premières étapes qui parfois conduisent à la destinée que l’on s’est donnée à un moment parce qu’une responsabilité a été confiée. Et c’est parce que les Socialistes un jour m'ont choisi – et Lionel Jospin y avait contribué – comme Premier secrétaire du Parti socialiste que, des années plus tard, je peux être aujourd’hui en situation d’être le prochain président socialiste de la République.

Je voulais aussi dire combien la France attend de la Bretagne. Bretagne, grande région agricole, industrielle, économique, qui avec son littoral est une grande région maritime. Je me souviens qu’en 1981, François Mitterrand élu président de la République avait composé son gouvernement et avait nommé Louis Le Pensec comme ministre de la Mer. Si les électeurs en décident, bientôt – le 6 mai c’est tout de suite, vous avez commencé à faire votre choix (Oui !) –, eh bien si les Français décident de me confier la responsabilité de la France, il y aura de nouveau dans le gouvernement de la République un ministre de la Mer.

Le Bretagne a aussi, d’une certaine façon, inventé la décentralisation. Ici pendant des années – les plus jeunes ne peuvent pas s’en souvenir –, dans les années 60-70, des hommes et des femmes qui n’étaient d’ailleurs pas tous de gauche réfléchissaient à ce que pouvait être l’avenir des territoires. Ils avaient formé des comités, des bureaux. Et ils avaient convaincu, et notamment les Socialistes, d’engager l’étape de la décentralisation. Ce fut fait en 1981. Mitterrand, Mauroy, Defferre ont laissé leur nom pour ces grandes lois de la République. La décentralisation – et ici je salue les élus, présidents de département, président de région, Jean-Yves, maires de grandes villes, de villes moyennes –, tous ces élus, Claudy Lebreton pourrait en témoigner, ont fait vivre nos territoires, ont considérablement changé la vie quotidienne de nos concitoyens. Et en même temps, moi-même, élu local, président d’un conseil général qui ai été également maire et qui veux rendre tous mes mandats le 6 mai pour servir la France, je mesure que notre décentralisation a besoin d’une étape supplémentaire. A la fois des transferts de compétences, qui devront être confiées aux assemblées régionales, départementales, locales, une clarification des interventions de chaque niveau, une réforme profonde du financement des territoires et puis des défis nouveaux que nous devons porter ensemble : la réforme de la dépendance, essentielle pour assurer la fin de vie de beaucoup de nos concitoyens ; la petite enfance, parce que c’est la condition de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale – oui, nous le ferons ensemble, le service public de la petite enfance ; l’action économique ; le soutien aux entreprises ; les interventions y compris au capital d’un certain nombre d’entreprises intermédiaires qui ont besoin de l’apport des collectivités locales et de la future banque publique d’investissement. Oui, nous aurons à agir ensemble pour les infrastructures, et pour l’écologie, pour la transition énergétique. Nous aurons besoin d’un Etat qui travaillera avec les collectivités locales. Et c’est la raison pour laquelle j’annonce ici qu’au lendemain du 6 mai, j’engagerai un nouvel acte de décentralisation.

Enfin, je suis en Bretagne, en Bretagne fière de sa langue, fière de sa culture, fière de son histoire, qui attend depuis des années que l’Etat enfin ratifie la charte des langues minoritaires et régionales. Eh bien nous le ferons ensemble ! Et nous ferons en sorte que la langue française ne soit en aucune façon menacée, mais que la langue bretonne puisse être enseignée, parlée, diffusée, comme les langues minoritaires. Voilà le message que je voulais vous adresser ici, amis bretons.

Mais d’abord, je reviens à ce qui s’est passé hier, premier tour de l’élection présidentielle. Nous avons franchi une étape majeure vers le changement. La première, celle qui ouvre. La seconde permettra la victoire et la transformation de notre pays. Je suis arrivé en tête du scrutin. C’était l’objectif. Nous avions même été prudents. J’avais dit « le meilleur score possible » — et je n’étais pas sûr d’être le premier. Eh bien nous y sommes parvenus ! Nous avons même fait le meilleur résultat pour un candidat socialiste depuis François Mitterrand en 1988, président sortant. Nous avons fait mieux, même, je le disais à l’instant à Quimper – et sans vouloir le froisser, lui qui nous regarde, François Mitterrand –, nous avons même fait mieux que lui en 1981. Il avait fait 26, nous faisons 28,6. Il était second, nous sommes premiers. Et qu’est-ce qui s’est produit ? Il a gagné l’élection présidentielle. Alors qu’est-ce qui va se produire maintenant ? Nous allons gagner l’élection présidentielle ! Oh, je suis prudent. Rien n’est encore décidé. Les Français n’ont pas voté. Enfin, je sens un mouvement. Je sens une confiance qui se lève. Je sens une volonté de changement. Et puis je regarde les autres – c’est toujours intéressant de se comparer. Le candidat sortant est arrivé second. C’est la première fois – première fois ! (Hou !) Oui ! Il ne mérite pas vos compliments –, c’est la première fois dans l’histoire de la Cinquième République qu’un président sortant arrive second. A droite, ils ont toujours réponse à tout. J’en entendais un, de ces conseilleurs qui fut autrefois ministre de l’Intérieur – pas le meilleur, mais enfin il y en a aussi eu de plus mauvais – et qui disait : « Il valait mieux ne pas arriver premiers ». A ce compte-là, ils auraient pu arriver troisièmes !

Mais, au-delà d’ailleurs de cet ordre d’arrivée, le candidat sortant fait cinq points de moins qu’en 2007. Et donc il est dans cette situation paradoxale où il vient de vivre un échec qui finalement est celui de son quinquennat, un désaveu de ce qu’il a pendant cinq ans présenté comme autant de titres de gloire et qui se sont révélés autant de désillusions – mais le voilà qui présente ce piètre résultat comme un tremplin, comme un ressort. C’est d’ailleurs tout ce qu’il a fait depuis cinq ans : une somme d’échecs qu’il essaie de faire passer comme une agrégation de réussites. Et comme certains mauvais élèves qui ne sont pas satisfaits de la note qui leur a été attribuée, demande maintenant des oraux de rattrapage à ceux qui ont fait mieux que lui ! Avant le premier tour, il me proposait deux débats. Après le premier tour, voilà qu’il en veut trois. Et après le second tour, combien en voudra-t-il ?

Je veux mettre d’ailleurs un terme à cette polémique nouvelle : il n’y aura qu’un seul débat, un grand débat, un vrai débat, un long débat, comme il y en a toujours eu depuis l’élection présidentielle. Et d’ailleurs, en 2007, avait-il proposé, Nicolas Sarkozy, trois débats à Ségolène Royal ? Pas du tout, il n’y en a eu qu’un seul ! Que s’était-il passé en 2002, hélas, avec le fait que Le Pen ait surgi ? Il n’y avait même pas eu de débat face à Jacques Chirac. En 1995 un débat, en 1988 un débat, en 1981 un débat — et on s’en souvient, parce que ce fut pour François Mitterrand l’occasion de remettre en cause, déjà, le bilan d’un candidat sortant.

Eh bien oui, il y aura donc un grand rendez-vous. Et d’ici là, j’ai le devoir de rassembler. Rassembler d’abord la Gauche qui s’est dès dimanche soir placée clairement derrière ma candidature. Je veux remercier Jean-Luc Mélenchon, qui a fait un bon résultat, saluer Eva Joly et les écologistes qui ont permis, là aussi sans bargouiner, sans négocier, le soutien à ma candidature. Et puis d’autres qui nous rejoignent. Tant mieux ! Je dois être le candidat du rassemblement le plus large. Je suis socialiste, je suis de gauche, et en même temps je dois comprendre tous les messages qui ont été adressés par le peuple français au premier tour, les colères, les frustrations, les doutes. Je suis comme vous, je suis conscient aussi qu’il y a eu parmi nos concitoyens la tentation d’aller vers l’extrême-droite, parce qu’ils ne savent plus aujourd’hui comment traduire leur déception, leur désillusion. Ils avaient été séduits il y a cinq ans par le candidat qui se présentait à eux, qui leur avait tant promis. Et les voilà aujourd’hui désemparés. J’en connais qui, agriculteurs, s’interrogent même sur la pérennité de leur exploitation, et de peur de l’avenir se réfugient dans le repli. J’en connais d’autres, ouvriers, qui ne savent pas ce que sera l’avenir tant leur entreprise paraît fragile, les délocalisations hélas trop nombreuses, et puis cette mondialisation, cette Europe trop ouverte, trop offerte, qui vient les frapper dans leurs conditions de vie. Je n’excuse rien, mais je cherche à comprendre. Je ne séduis pas ces électeurs par je ne sais quelle surenchère. Je laisse ça à d’autres ! Moi, je ne ferai pas de l’étranger, de l’immigré, la question qui nous séparera dans cette élection présidentielle !

Je ne dirai pas aux travailleurs qu’ils doivent d’abord s’en prendre aux chômeurs, je ne dirai pas que les chômeurs sont des assistés ! Je ferai attention aussi à ne pas séparer les habitants des banlieues de ceux qui vivent en zone rurale. Parce que je veux être le président, demain, de tous les Français !

Le responsable de la montée de l’extrême-droite, c’est celui qui a utilisé parfois les mots de l’extrême-droite pour essayer de contrecarrer sa progression. Le responsable de la montée de l’extrême-droite, c’est celui qui depuis cinq ans a fracturé un certain nombre de droits fondamentaux. Le responsable de la montée de l’extrême-droite, c’est celui qui a laissé le chômage atteindre 10 % de la population active, qui a laissé l’industrie française dans l’état que l’on sait — 400 000 emplois industriels qui ont été perdus. C’est celui qui a laissé faire une politique européenne de libre-échange, de libre circulation. C’est celui qui n’a pas dominé la finance, et qui viendrait se plaindre aujourd’hui des désordres qu’il a lui-même mis en œuvre, et qui se veut candidat du peuple alors qu’il n’a protégé que les privilégiés, les puissants et les forces de l’argent !

Non, si nous voulons surmonter l’épreuve — elle est là, devant nous, le redressement de notre pays, le redressement de notre industrie, le développement de notre agriculture —, si nous voulons donner une perspective à chacune et à chacun, notamment à celles et ceux qui souffrent de la situation d’aujourd’hui, il nous faut d’abord nous appuyer sur nos atouts, sur nos forces, sur nos énergies, sur ce qui nous rend fiers, c’est-à-dire ce qui nous permet d’être capables de donner le meilleur de nous-mêmes. La France ne se redressera pas en se repliant, en se fracturant, en se divisant. La France mérite mieux. La France mérite d’être fière de ce que notre histoire nous a donné et de ce que notre avenir nous prépare !

J’entendais le candidat sortant annoncer pour le 1er mai qu’il allait organiser une fête du « vrai travail ». Cela voudrait dire qu’il y aurait un faux travail en France ? Qu’il y aurait, finalement, une opposition à organiser ce jour-là, le 1er mai, entre les travailleurs eux-mêmes ou entre les travailleurs et les chômeurs, ou entre les travailleurs et les assistés ? Non ! Si la fête du travail a été instituée aux XIXe siècle, c’est parce qu’il y a eu des hommes et des femmes qui voulaient se réunir, se rassembler, se mettre ensemble pour la dignité du travail, pour la valeur du travail, pour le travail pour tous, pour la reconnaissance du travail, pour la rémunération du travail. Et cette grande idée, qui est d’ailleurs venue des Etats-Unis d’Amérique, cette grande idée du travail a fédéré, a réuni, a permis à des syndicats de se constituer, puis ensuite à des salariés de s’organiser et de venir tous les 1er mai à la fois demander que l’on respecte leur travail, et en même temps qu’on les rémunère et qu’on lutte contre le chômage. Parce que ce doit être cela, la priorité première de l’action publique ! Le 1er mai, c’est la fête du travail pour les syndicats. Et moi je respecte les syndicats, leur indépendance, leur responsabilité, leur rôle dans la société française !

Rassembler, vous disais-je, c’est mon devoir. Rassembler la Gauche, rassembler les Français, rassembler les hommes et les femmes qui veulent le changement. Je veux dire aussi à celles et ceux qui n’ont pas voté au premier tour pour ma candidature et qui s’interrogent aujourd’hui sur le sens à donner à leur vote le 6 mai, que ma première exigence sera l’exemplarité de l’Etat. C’est-à-dire le respect que doit avoir le président de la République à l’égard de tous les pouvoirs, de ce qu’on appelle les corps intermédiaires, c’est-à-dire les élus de nos territoires, les syndicats, les organisations professionnelles, les associations, les militants engagés. Oui, être à l’écoute, considérer chacune et chacun pour ce qu’il peut apporter, donner du sens à l’action publique et en même temps, à chaque fois, être conscient que l’exemple doit venir d’en haut et qu’il ne peut pas y avoir une demande d’effort supplémentaire, de sacrifice pour le redressement du pays, sans qu’au tout premier chef, celui qui est président montre la voie à suivre et l’exemple lui-même de cet effort, de ce respect, de cette retenue, de cette réserve, de cette modestie.

Impartialité aussi de l’Etat. Moi, je ne placerai pas mes amis — je ne veux pas ici les décevoir… — dans toutes les fonctions publiques et même à la télévision, et encore moins dans certaines industries. Le suffrage universel n’autorise pas tout ! Autant il est normal de constituer un gouvernement avec ceux qui vous ont soutenu dans l’élection présidentielle au premier tour, au second tour — je n’irai pas chercher plus loin, nous avons tout ce qu’il faut chez nous ! Nous n’irons pas capter tel ou tel, ni même récupérer les autres, on les laissera ! Mais en même temps, autant un gouvernement doit être respectueux de ce qu’a été la majorité présidentielle ou de ce que sera demain la majorité parlementaire, pour les responsables de l’Etat — préfets, ambassadeurs, directeurs d’administration centrale — autant il n’y a nul besoin d’aller mettre des amis, des proches ou des soumis ! Il y a suffisamment de compétences dans l’administration sans qu’on ait besoin d’aller faire ce lien-là, qui devient un lien de soumission et de subordination. Il n’y aura de loyauté à exercer que vis-à-vis de l’Etat, et non du chef de l’Etat.

De la même manière, l’indépendance de la Justice sera pleinement garantie. Les magistrats du Parquet seront soumis aux mêmes règles de nomination que les magistrats du Siège. Il n’y aura plus d’intervention du ministre de la Justice, voire même du président de la République — quand ce n’est pas le ministre de l’Intérieur lui-même — sur les magistrats.

Les journalistes n’auront rien à craindre pour la protection de leurs sources, et nous n’aurons pas besoin de nommer les présidents des chaînes publiques de télévision. Des instances seront constituées pour cela, et ceux qui seront membres de ces instances seront désignés par l’Assemblée nationale et par le Sénat à une majorité des deux tiers, ce qui fera que l’opposition sera associée à ces décisions.

Moralisation également de la vie politique. Tout élu, même s’il est de notre sensibilité politique, qui sera condamné pour fait de corruption ne pourra plus se présenter devant les électeurs avant dix ans. Nous n’avons pas besoin de donner cette image de l’impunité !

Le chef de l’Etat n’aura plus de statut spécial le protégeant. Il n’y aura plus de justice de la République pour les ministres. Le droit commun s’imposera comme pour tout citoyen. Voilà ce que nous devons démontrer !

Et puis, nous montrerons aussi un changement : le gouvernement sera constitué à la parité, autant de femmes que d’hommes. Il n’y aura plus de cumul de mandats. La proportionnelle sera introduite à l’Assemblée nationale pour une part de députés. Je dis cela non pas simplement pour vous convaincre, vous l’êtes déjà, mais pour dire à ces électrices, à ces électeurs qui n’ont pas choisi au premier tour de soutenir notre candidature qu’ils peuvent le faire. Parce que le changement ne sera pas simplement sur la politique économie et sociale — ce sera nécessaire —, sur les services publics, sur le redressement de l’école. Non, le changement sera aussi dans la conception de l’Etat, dans la vie de nos institutions, dans la répartition des pouvoirs et dans l’exercice même de la fonction présidentielle. Chacun pourra faire la différence entre ce qui s’est, hélas, fait ou défait depuis cinq ans, et ce que nous proposons maintenant pour le pays.

J’avais dit : je veux être un candidat normal. Certains avaient souri. Je dis si, je veux être un président normal. Ça nous changera !


23 avril 2012

François Hollande - Meeting à Quimper - 23 Avril 2012 -

Éditorial de lucienne magalie pons


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Discours de François Hollande à Quimper le 23 avril 2012

Mes chers amis, après ce premier tour, je voulais que mon premier déplacement soit ici en Bretagne, pour vous exprimer ma gratitude. Car si je suis sorti en tête du scrutin pour le premier tour de l’élection présidentielle, j’ai fait les comptes et mêmes les calculs, c’est grâce à la Bretagne !

Et nous avons donc rempli le premier objectif. C’était d’arriver premiers, nous y sommes ! C’était aussi de faire le meilleur résultat pour un candidat socialiste depuis François Mitterrand en 1988. Nous avons même — j’espère qu’il ne m’entend pas… — fait mieux que lui en 1981 ! En 1981, il avait fait 26 %. Nous avons fait plus de 28,5 % ! En 1981 il était second. Nous sommes premiers ! Et en 1981, il avait gagné l’élection présidentielle. Alors, nous allons gagner l’élection présidentielle !

Quand j’ai découvert les résultats, j’étais dans ma bonne ville de Tulle et je regardais, comme vous, la télévision. Pour savoir, dans un scrutin, qui l’a emporté, c’est assez simple : vous regardez les visages. Ils ne trompent pas. Vous voyez ceux qui sont contents et qui ne le montrent pas — c’étaient les nôtres. Et vous voyez aussi ceux qui voudraient montrer leur tristesse et qui y arrivent — c’étaient les leurs !

Le candidat sortant arrive toujours à se convaincre lui-même — pas les autres, ça nous rassure, lui-même ! Et hier, il essayait de faire passer ce qui était un échec comme un succès. Il était content. Il est comme ça ! Il croit aussi que son quinquennat a été un succès. Plus de 73 % des Français ont pensé le contraire, mais lui, il continue à penser qu’il doit aller de l’avant ! L’autre jour, il évoquait sa campagne comme une vague. J’ai pensé à vous, les Bretons ! La vague, elle monte, elle monte ! Elle monte tellement haut qu’il va la prendre en pleine face !

Mais le vent qui nous pousse doit aussi nous à amener à une grande lucidité. C’est vrai que nous sommes sortis en tête. C’est exact que la Gauche est à son plus haut niveau depuis très longtemps, 44 %. Mais faites vos comptes : 44 % ça ne fait pas 50 % et des poussières. Or je rappelle qu’à une élection présidentielle, il faut faire la majorité. Donc, nous avons besoin de rassembler. Rassembler la Gauche, toute la Gauche. Et j’ai apprécié que les candidats, au soir du premier tour, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly, disent immédiatement, sans rechigner, sans bargouiner : « Nous voulons la victoire de la Gauche, nous voulons écarter le candidat sortant, nous ne voulons rien compliquer, et nous voulons surtout que la France puisse de nouveau espérer dans son avenir ».

Donc, le rassemblement de la Gauche, il est là, il est fait. Et il y a beaucoup d’électeurs qui ont pu se porter au premier tour sur des candidatures différentes de la mienne, et qui viendront sans aucune difficulté — même s’ils n’approuvent pas tout mon projet — me donner la force nécessaire pour être le prochain président.

Mais il convient d’aller chercher aussi d’autres électeurs qui ne savent plus très bien où ils en sont, tant le quinquennat qui vient de s’achever a chamboulé un certain nombre de certitudes, a créé tant de désillusions, tant de désespérance. Je pense notamment, ici même en Bretagne, à ces hommes et à ces femmes qui ne savent plus vers qui se tourner et sont allés vers les vents mauvais du vote extrême. Oui, nous pouvons les blâmer au sens où ils n’ont pas fait le choix qui correspond à ce qu’est l’histoire de notre pays, la fierté qui doit être la nôtre d’appartenir à une grande Nation. Et en même temps, nous devons les entendre, ce sont souvent des ouvriers qui ne savent plus de quoi demain va être fait, ce sont des retraités qui n’en peuvent plus, ce sont des agriculteurs qui craignent pour la survie même de leur exploitation, ce sont aussi des jeunes — oui, des jeunes — qui se disent : « Mais où est notre avenir ? ».

Alors moi, je dois parler à tous en disant aux jeunes, aux moins jeunes, à ceux qui sont les plus loin du travail, à ceux qui travaillent beaucoup et qui n’ont pas la récompense de leur effort. Je dois leur dire : « Vous êtes dans un grand pays, et nous allons nous relever tous ensemble, nous redresser ».

Nous n’avons pas besoin de nous diviser. J’entendais le candidat sortant disant qu’il était un patriote. Mais heureusement ! Il disait qu’il aimait la France. Mais c’est bien le moins quand on est président de la République ! Il n’y a pas deux France, l’une qui serait en doute sur elle-même, et l’autre qui serait en confiance par rapport à son avenir. Non, il n’y a que des Françaises et des Français à égalité de droits et de devoirs. Et moi, je ne fais pas la distinction selon les couleurs, selon les origines, selon les parcours, selon les régions, selon les situations. Nous aimons notre pays. Je l’entendais dire : « Je vais vous protéger ». Mais est-ce qu’il a protégé les Français par rapport au chômage ? Est-ce qu’il les a protégés par rapport au pouvoir d’achat, par rapport à la mondialisation libérale, par rapport à la finance ? Mais qui a-t-il protégé ? On les connaît, ce sont les privilégiés, ce sont les forces de l’argent !

Voilà pourquoi dans cette campagne, je dois parler à tous. Et j’en sais aussi beaucoup qui sont attachés à une conception élevée de la République, à l’impartialité de l’Etat qui consiste pour celui qui en est le responsable à ne pas placer ses propres amis partout, qui sont attachés aussi à l’exemplarité — c’est-à-dire que quand on est en haut, on doit montrer à ceux qui sont dans des situations plus difficiles que les sacrifices sont partagés, y compris pour les rémunérations, pour les protocoles, pour les déplacements.

Vous ne pouvez pas savoir la chance que j’ai d’être candidat. Je le plains, l’autre ! Moi je me déplace partout. Il y a quelques barrières, quelques protections, mais je peux aller vers vous — et c’est un grand bonheur ! Lui, ça paraît plus difficile. Il paraît qu’il y a des cordons de CRS. J’ai beaucoup de respect pour les CRS, ce sont des fonctionnaires qui font bien leur travail. Et moi, si je deviens le prochain président, je voudrais continuer à faire ce que je fais, aller à votre rencontre, vous parler directement, vous entendre. Parce que vous m’avez communiqué des messages sur l’emploi, sur la santé, sur l’école. Parce que vous voulez que les services publics, que ce que nous apportons de mieux à nos enfants ou aux personnes plus âgées — je pense à l’hôpital public -, oui, vous pensez vous aussi que ces équipements-là, que ces services publics sont une chance pour la République et pas une charge !

Alors, je dois m’adresser à ces électeurs qui ne sont ni de gauche ni de droite et qui se disent : « Quel sera l’intérêt du pays, entre celui qui sera encore là pour quelques jours — je les compte, lui aussi… — et celui qui peut, si vous en décidez, être le prochain président ? ». Il s’agit de parler non pas simplement de notre idéal, de nos parcours politiques ; il s’agit de parler de l’intérêt de la France. C’est ce qui va déterminer le choix de beaucoup, le destin de notre pays. Qu’est-ce que nous voulons, qu’est-ce que nous risquons ? C’est vrai que quand on change, il y a toujours un risque. Comme dit l’adage « on sait ce qu’on a et on ne sait pas ce qu’on pourrait avoir ». Mais là, on sait vraiment ce qu’on a ! Et donc le changement il doit venir, il arrive, vous l’entendez, il vient !

Treize jours avant le 6 mai. On me propose, c’était hier, trois débats. Avant le premier tour, c’était deux. Peut-être qu’après le second tour ce sera quatre… Ce sera trop tard ! Je me suis posé la question : mais pourquoi il veut autant de débats ? En 2007, quand il y avait deux candidats, lui et Ségolène Royal, il n’avait pas proposé trois débats ! Il n’y en avait eu qu’un. En 2002, hélas entre Jacques Chirac et déjà Le Pen — souvenez-vous de ce second tour terrible — il n’y avait pas eu de débat. En 1995, il y avait eu débat entre Jacques Chirac et Lionel Jospin. En 1988 un débat avait suffi, entre François Mitterrand et Jacques Chirac.Et en 1981, comme en 1974, un grand débat entre François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing. A chaque fois, un grand débat qui mobilise des millions de téléspectateurs. Il aura lieu, ce débat ! Et nous le mènerons comme il convient, sur le bilan du candidat sortant, sur les projets respectifs. Le sien est bien connu, c’est le même que celui qu’il a mené depuis cinq ans et qui a échoué – en pire, même – avec la TVA en plus, avec la remise en cause de la durée légale du travail, avec l’atteinte de la protection sociale. On s’en expliquera. Il viendra me chercher sur d’autres thèmes – je les connais déjà, il a répété cela depuis tant de semaines. Il mettra en cause ma position pour réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité. Je l’assume ! Il y aura une centrale qui fermera durant le prochain quinquennat, à Fessenheim. Lui a contesté ce choix. Il en a bien le droit. Il a même prétendu qu’il s’était rendu à Fukushima pour constater ce qu’il fallait penser de cette centrale : il n’y est jamais allé ! Il est comme ça, il s’invente même des voyages. Il parlera de l’immigration. Ma position est connue sur la régularisation des sans-papiers, au cas par cas mais dans la dignité. Il laissera penser que nous voulons tout accorder. C’est faux ! Aujourd’hui, il y a 30 000 régularisations chaque année. Il voudra réduire l’immigration légale de moitié – cette immigration légale qu’il a finalement acceptée pendant dix ans comme ministre de l’Intérieur puis comme président de la République. Il dira que nous voulons mettre l’économie par-dessus tête. Mais c’est déjà fait ! Il dira que nous avons l’intention de vider les caisses. Mais de quelles caisses parle-t-il ? Il n’y a plus rien dans la caisse ! Il nous dira que nous allons mettre en cause la croissance – elle n’y est plus ! –, le chômage – il a augmenté ! N’ayez peur de rien ! Ne craignez rien ! Le seul risque que le pays peut courir, c’est de le garder !

Et voilà qu’il en arrive à la dernière peur : « la spéculation arrive, les marchés sont en train de s’inquiéter ». Ce matin, c’est vrai, la bourse de Paris a perdu quelques points, inquiète non pas de notre résultat mais, hélas, de la montée du Front national. Parce que ce n'est pas bon signe pour un pays que d’avoir cette présence d’une extrême-droite. Ce n’est pas, d’ailleurs, propre à la France. C’est dans toute l’Europe que le populisme commence à gagner, ce qui m’amène à faire de l’élection présidentielle du 6 mai non pas simplement une élection nationale, mais une élection européenne. Tous les Européens nous regardent aujourd’hui. Beaucoup m’envoient des messages. Les progressistes, directement. Même les autres qui ne le sont pas et qui sont plutôt conservateurs nous attendent. Ils se disent : « Mais si la France réoriente la construction européenne, si elle remet la croissance, l’activité économique, le développement durable, les grandes infrastructures écologiques et environnementales, alors l’Europe se redressera et c’en sera fini de cette austérité que l’on impose partout et qui finit par désespérer les peuples et les conduire à voter pour l’extrême-droite ». Quand je vois le candidat sortant s’en prendre à l’Europe – parce qu’il s’en prend, en plus, à l’Europe ! – en laissant penser qu’il faut fermer les frontières, alors que c’est cette Europe-là qui nous permet de maîtriser et de contrôler l’immigration à certaines conditions, quand je l’entends dire qu’il faudrait mettre du protectionnisme alors qu’il a été le candidat du libre-échange, de la circulation sans limite des marchandises et même des produits financiers, alors oui, nous avons là un enjeu européen très important. Et je parle ici en Bretagne – et Jean-Yves pourrait le confirmer –, une région qui a toujours fait confiance à l’Europe et qui veut une Europe de progrès, de solidarité, une Europe sociale, une Europe économique, une Europe écologique ! Donc nous avons là un enjeu très important à relever ensemble.

Voilà, mes chers amis, l’ampleur de ce que nous sommes en train de bâtir ensemble : une victoire. Une victoire qui veut rassembler et non pas diviser. Je veillerai tout au long de ces treize jours qui nous séparent du 6 mai à mobiliser les Français autour d’une grande cause, une cause qui nous dépasse tous, qui est l’avenir de notre pays, son redressement dans la justice et aussi la réussite de la jeunesse. Je veux que la France donne toutes ses chances, toutes les conditions pour que la génération qui vient vive mieux que nous !

Il y aura un élan. Nous n’allons pas pratiquer l’ouverture, vous avez vu ce que c’est devenu. Ils sont même revenus – enfin, pas tous, on en a laissé qu’on ne voulait pas. Mais nous ne pratiquerons pas ainsi. Nous n’aurons pas besoin d’aller chercher de l’autre côté. Nous avons suffisamment de talents, et notamment ici en Bretagne, pour constituer des gouvernements. Mais en même temps, nous n’avons pas besoin de maudire celles et ceux qui n’auront pas voté pour nous. Ils seront les bienvenus, parce que nous avons besoin de tous. Et celui qui doit être le prochain président de la République doit être le président de tous les Français et pas seulement d’une partie d’entre eux. Il dit souvent : « François Hollande ne veut pas être vraiment le chef ». Mais si, si ! Il a mal compris. Le chef de l’Etat, oui ! Mais pas le chef du gouvernement, le chef de la majorité, le chef du parti – cela, c’était son temps. Et il va s’achever !

Le prochain président devra emmener le pays. Bien sûr, fixer la ligne d’horizon, donner sa vision, mobiliser le pays. Et en même temps, respecter les autres pouvoirs : le pouvoir des régions, des collectivités locales, des partenaires sociaux, des entreprises, des syndicats, parce que nous en avons besoin, nous avons besoin de négociations. Il faut respecter les grandes organisations, les organisations non gouvernementales, tous ceux qui font bouger le pays. Nous aurons besoin de tous les concours pour réussir. Parce que ce ne sera pas facile, après.

J’en entends beaucoup qui me disent, dans mes déambulations, au-delà des encouragements, des appuis – on me dit toujours la même chose, même encore aujourd’hui –, on me dit : « Courage ! Courage ! ». Je n’en manque pas. On me dit : « Tenez bon ! », parce que vous vous inquiétez, vous vous dites « l’autre est prêt à tout ». C’est possible. Vous me dites : « Il faut aller jusqu’au bout ! ». Mais on va y aller jusqu’au bout ! On va y aller – on y est presque – jusqu’au bout ! Et puis d’autres encore, et ils ont raison, « Ne nous décevez pas ». Parce qu’il ne faut rien promettre qu’on ne soit capable de tenir. Parce que nous devons réussir après. Parce que moi je ne veux pas, si je suis votre prochain président, être dans la situation de celui qui va bientôt sortir et dire « pardon, je n’ai pas fait comme il convenait ». Il est toujours en train de dire : « Ah, si j’avais commencé différemment… ». Possible qu’il aurait fait mieux – et encore, ce n’est pas sûr. Mais on sait comment cela va finir, parce que nous allons en décider ainsi, nous peuple français. Moi je veux, si je suis votre prochain président, pouvoir dans cinq ans vous dire « voilà, je vous avais promis que la jeunesse serait au cœur de mes priorités, elle l’a été. Je vous avais dit qu’aucune décision ne serait prise si elle n’est pas juste, eh bien aucune ne l’aura été. Je vous avais dit qu’on ferait la réforme fiscale, la réforme territoriale, la réforme bancaire, la réforme institutionnelle ». Nous ferons tout cela. Et je pourrai vous en rendre compte tous les six mois, parce que je viendrai devant le pays, devant les journalistes pour lesquels j’ai grand respect, rendre compte de ce que j’aurai engagé pour le pays. Et le gouvernement le fera aussi devant le Parlement. Voilà le sens de ce que je veux faire avec vous.

Vous êtes venus nombreux, dans des conditions qui n’étaient pas faciles. Nous avons vaincu toutes les intempéries possibles, alors rien ne nous arrêtera maintenant ! En venant en Bretagne, je voulais prendre le bon air, respirer une bonne fois, avoir le souffle nécessaire. Merci, merci à tous de m’avoir permis de prononcer mes premiers mots après le résultat de dimanche. Eh bien je souhaite que vous soyez encore plus nombreux le 6 mai, ici même sur cette place. Bernard me représentera. Je souhaite qu’il y ait une grande fête, que nous puissions nous dire « voilà, nous avons bien travaillé pour le pays, nous sommes heureux en ce jour parce qu’il y a un nouveau temps, une nouvelle espérance, un nouveau président et que nous avons maintenant à redresser le pays dans la justice ».

Merci de votre confiance, merci de votre soutien ! Allez sereinement, tranquillement, fermement vers la victoire !

Nicolas Sarkozy à Saint-Cyr-Sur Loire le 23 Avril 2012 -

Éditorial de lucienne magalie pons

pour simple information : Ne nous attardons pas trop sur le Discours du candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy , le Président sortant, candidat perdant du premier tour de l'élection Présidentielle du 22 avril 2012 .

En entendant son discours on pourrait croire que le candidat de l’UMP Nicolas Sarkozy est arrivé en tête du premier tour. C’est en tout cas ce qu’il s’efforce de faire croire en différentes prétentions qui n'ont rien à voir avec sa réalité !

Quand à son attitude, la même morgue, les mêmes crispations de mâchoires, les mêmes sourires grimaçants, les mêmes mouvements compulsifs d’épaules, la voix souvent coléreuse et éraillée, parfois des accents qui se veulent gaulliens, et toujours dans son discours des accusations de mensonge, de défaut de courage etc., …, contre les uns et les autres.

Enfin quand il estime que les Français « ont exprimé leur malheurs », Nicolas Sarkozy devrait s’interroger sur le coupable de leur malheur.

Toujours les mêmes tonalités, Nicolas Sarkozy ne sait pas se renouveler.

Si vous avez un moment à perdre :

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Présidentielle 2012 - Résultats 1er Tour - Flachs vidéos express -

Éditorial de lucienne magalie pons

Revoir la soirée des résultats ?

Reportage vidéos, annonce des résultats, déclarations des politiques :




Relais d'informations : Les délégations Russes et Ukrainiennes sont arrivées ce 2 juin 2025 au Palais Ciragan d'Istanbul (Turquie) pour reprendre de nouveaux pourparlers

Les délégations arrivent au Palais Ciragan d'Istanbul (Turquie) pour les pourparlers entre la Russie et l'Ukraine, le 2 juin 2025.  ...